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Imposer une limite à la fiction?

(Jérémie Bernard) Y a-t-il une limite à ce que l’on peut dépeindre dans la fiction ? Depuis quelques jours, le débat est officiellement lancé au Québec. Pour ceux et celles n’ayant pas suivi le dossier, l’auteur Yvan Godbout et le directeur général des Éditions AdA, Nycolas Doucet, sont accusés de production et distribution de pornographie juvénile pour un passage d’un roman où l’on décrit une jeune fille de neuf ans se faisant violer par son père.

La loi, dans ses grandes lignes, parle d’intention pour condamner un texte. On en déduit alors qu’il faudrait que le texte fasse l’apologie de la pédophilie pour être condamnable. Pourtant, l’extrait en question, très court de surcroît, ne sert qu’à dépeindre le violeur comme le monstre haïssable qu’il est.

Mettons de côté tout le débat légal pour le moment. Le procès apportera des conclusions sur l’affaire. Reposons plutôt cette question : pouvons-nous décrire n’importe quoi dans une œuvre de fiction ? Avant cet épisode, j’étais persuadé que oui.

Selon moi, la fiction sert à explorer la psyché humaine, à mettre en scène des situations, bonnes ou mauvaises, pour faire réfléchir et faire réagir. C’est réussi pour ce qui est de l’extrait de ce « Conte interdit ». C’est pourquoi il est valable de se demander si limiter la représentation des aspects sombres de la société dans la fiction ne résulte pas à limiter la réflexion. Je suis conscient qu’un texte faisant l’apologie de la pédophilie n’a pas lieu d’être. Mais un texte qui rappelle l’horreur d’un tel geste et le condamne? Je crois qu’il mérite sa place dans le cosmos littéraire.

Cette condamnation est plutôt surprenante. Une partie de moi est contente que le débat soit lancé. Mais une autre est horripilée que ce même débat soit à propos de ce que l’on peut décrire ou non dans une œuvre fictionnelle. À l’extrême, imaginez une société privée du médium littéraire,cet endroit autrefois jugé inoffensif pour explorer les meilleurs et pires aspects de l’être humain. Il sera intéressant de suivre le dénouement de toute cette affaire. Comme quoi les livres font encore réagir !

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Luzerne Rousse
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