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La fantasy et l’imaginaire

(Jérémie Bernard)

Mais qu’est-ce que la fantasy? Avec un milieu littéraire québécois de plus en plus varié, il pourrait être une bonne idée de revoir les différentes définitions de ce genre littéraire, autrefois exclusivement anglophone. En effet, la fantasy est souvent confondue avec d’autres genres de l’imaginaire, autant dans son essence anglophone que dans l’utilisation du mot en français. Je m’attèle aujourd’hui à tenter d’offrir une piste de solution qui pourrait nous permettre de mieux comprendre et catégoriser les œuvres de la littérature de l’imaginaire.

Entrons dans le vif du sujet avec l’introduction d’Edward James et Farah Mendlesohn à propos de la fantasy, dans un collectif de textes dont ils sont les éditeurs :

« La fantasy n’est pas nécessairement un manoir, mais plutôt une rangée de maisons semblables, connectées par leur terrain, chacune dotée d’une porte vers un autre monde. Certains murs sont fabriqués avec les mêmes matériaux, mais la décoration intérieure de chacune des maisons peut différer grandement. Les vies passées dans ces maisons sont toujours discrètes, mais peuvent parfois être entendues par les habitants des maisons voisines. » (Traduction libre de Jérémie)

Cette définition implique que la fantasy ne représente pas qu’un type d’œuvres bien précis, mais connecte plutôt une diversité d’œuvres à travers quelques points communs. J.R.R Tolkien, le célèbre auteur de la série Le Seigneur des Anneaux, est pour la plupart des chercheurs celui qui a posé les bases de la constitution de la fantasy comme un genre littéraire. Sa trilogie a influencé des centaines d’auteurs après lui, et encore aujourd’hui, nous associons souvent la fantasy avec n’importe quoi ressemblant aux œuvres de Tolkien. Cela impliquerait que la fantasy doit inclure elfes, nains et orques pour exister.

Pourtant, la fantasy (et même Tolkien le disait dans ses conférences) est vaste et complexe. Sa fantasy à lui ne peut être la fantasy de tous, si vous voyez ce que je veux dire. Commençons par démêler trois termes qui sont souvent confondus,autant chez les chercheurs que chez les critiques : fantastique, merveilleux et fantasy.

Le fantastique, c’est l’intrusion de l’irréel dans le monde réel. Une bonne histoire de fantômes, une histoire de zombies, bref, n’importe quelle situation où quelque chose n’existant normalement pas dans notre réalité fait son apparition et vient bouleverser les règles établies.

Le merveilleux, c’est le conte de fées traditionnel. Dans ce type de récit, tout est toujours possible, et rien n’est vraiment surprenant. Je pourrais pousser l’idée jusqu’à dire qu’avec le merveilleux, la seule règle consiste en l’absence de règles.

Et la fantasy, pour finir, représente la création d’un autre monde. Ce monde entier comporte son propre système de règles, bien souvent différent du nôtre, mais non moins logique pour autant.

Maintenant que nous avons sommairement différencié les trois termes souvent confondus, plongeons un peu plus dans ce qui fait de la fantasy un genre à part entière, sous toutes ses formes.

Revenons à Farah Mendlesohn, qui identifie de façon brillante quatre catégories à la fantasy :

  1. Le portail : Le personnage principal entre dans un nouveau monde, à partir du sien. Pensons à Harry Potter, du point de vue de Harry !
  2. L’immersion : Le personnage fait partie de l’autre monde. Pensons à Harry Potter, du point de vue de Dumbledore.
  3. L’intrusion : L’autre monde se mélange au nôtre (se rapproche du fantastique). Pensons toujours à Harry Potter, lorsqu’il vient de découvrir l’existence du monde des sorciers. (You’re a wizard, Harry!)
  4. L’entre-deux : Pour le lecteur, aucune règle ne semble régir le monde étrange (comme pour le merveilleux), mais pour les personnages, tout semble plutôt normal. Cette catégorie est plus rare et plus expérimentale.

Remarquez que dans tous les cas, nous avons affaire à la création d’un monde entier, parfois semblable, parfois très différent du nôtre. Le but ici est de voir que la fantasy est un genre complexe et inclusif. Même sans la présence de dragons et d’elfes, nous pouvons avoir affaire à ce genre littéraire. Pour le reconnaître, vérifiez si l’univers dépeint est assez bien décrit et doté d’une certaine logique interne.

Ce court survol des définitions de la fantasy permet d’en constater la profondeur. Nous avons ici affaire à un des principaux genres de la littérature de l’imaginaire. Évitons alors de cantonner le genre à quelques œuvres phares. La fantasy, comme l’imaginaire, ne peut fonctionner qu’avec le moins de limites possible.  

Quelles sont vos œuvres fantasy les plus marquantes ? De quelle catégorie se rapprochent-elles le plus ?

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